La paranoïa

 

 

 

 

Article de Martine Batani, pour madame.ca – Interview de Yolanda Sabetta (AQPAMM) -

 

Comment traiter avec un paranoïaque ?
Certains jours, le monde entier semble contre nous ! Mais généralement, le retour sur terre est assez rapide et la plupart d’entre nous finissent par rire de leurs propres exagérations. Mais pas tout le monde. Certains individus sont convaincus qu’on leur veut du mal et ils se méfient de tous et chacun. Eux, sont réellement paranoïaques. Pouvons-nous les aider?

 

D’abord, qu’est-ce que la paranoïa ?
En réalité, la paranoïa a plusieurs visages et il faut plutôt parler de symptômes paranoïdes, symptômes que l’on retrouve dans diverses maladies ou lors de certains contextes. Par exemple, il n’est pas rare qu’un individu ayant consommé de la drogue ait des symptômes paranoïdes passagers. Même chose pour les gens en dépression ; leur sensibilité à fleur de peau les rend parfois plus farouche et défensif.

Mais il existe des cas de paranoïa beaucoup plus graves, le trouble délirant paranoïaque en est un. Une personne dans un tel délire peut être persuadée que des micros sont installés chez elle et passer la nuit à les chercher. Autre cas : lorsqu’un individu a des hallucinations, par exemples, lorsqu’il se dit suivi par de dangereux extra-terrestres ou qu’il entend des agents de la CIA dans son appartement, bref, lorsqu’il perd la boule, on dira qu’il souffre d’épisode psychotique bref.

Les schizophrènes ont, dans certains cas, des manifestations similaires. Celles-ci peuvent être maîtrisées par des médicaments.

Toutefois, le plus commun des cas est le trouble de personnalité paranoïde (TPP), classifié dans le célèbre DSM, le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, cité par les spécialistes interviewés. Les gens qui en sont atteints souffrent d’un complexe de persécution. Ils se sentent facilement exploités, doutent de la loyauté des autres et contre-attaquent d’habitude assez violemment. C’est sur celui-ci que nous nous attarderons.

 

Combien de gens souffrent de ce trouble de personnalité paranoïde ?
Selon le psychologue Claude Bélanger, entre 0,5 % et 2,5 % de la population serait atteinte de ce troubles de la personnalité. Il apparaîtrait généralement au début de l’âge adulte, chez des hommes en majorité. Pourquoi? «Ce serait une façon culturelle de réagir, explique Claude Bélanger. Les femmes, quant à elles, sont plutôt sujettes aux troubles paniques, à l’agoraphobie et à la dépression majeure.»

 

Quelles sont les origines du trouble de personnalité paranoïde ?
«Il est encore impossible de pointer une cause biologique ou psychologique, précise le psychologue Kieron O’Connor, puisque les recherches sur le sujet ne sont pas encore assez développées. «Cependant, ajoute-t-il, on remarque souvent la présence d’un évènement déclencheur qui pourrait provoquer des symptômes paranoïdes. Par exemple, un stress important ou une grande atteinte à l’image de soi.

«Certaines des personnes souffrant de TPP ont été trahi ou victime d’abus par un de leurs proches», explique la directrice général intérimaire de l’Association québécoise des parents et amis de la personne atteinte de maladie mentale (AQPAMM), Yolanda Sabetta. Ces expériences douloureuses ont eu pour conséquence de surélever leurs mécanismes de défense. Cela dit, un enfant trahi ne deviendra pas nécessairement paranoïaque et l’inverse, un paranoïaque n’a pas toujours été trahi dans son enfance…

 

Comment le repérer ?
Les personnalités paranoïdes ont beaucoup de difficultés avec l’intimité et peuvent être perçu comme manquant de chaleur dans leurs rapports avec les autres. Leur hyper-vigilance, les désirs de contrôle et d’autosuffisance qui découlent de leur méfiance en font des êtres toujours sur la défensive, critique et souvent accusateur.

C’est donc en l’observant que vous pourrez le repérer car l’individu souffrant de trouble de personnalité paranoïde se méfie des autres et est donc réticent à toutes confidences (elles pourraient être utilisées contre lui !). De toute façon, il ne croit pas avoir de difficultés. En effet, le propre de ce trouble — et ce qui en fait sa complexité — est que l’individu est convaincu d’avoir raison. «La personnalité paranoïde ne perçoit pas que ses comportements l’aliènent des autres, explique le psychologue Claude Bélanger. Il est constamment dans le « c’est pas moi, c’est les autres ».

 

Quel impact ces symptômes paranoïdes peuvent avoir sur la famille et les proches de l’individu ?
De toute évidence, les paroles et les actes de la famille et des proches seront aussi mis en doute. «Entre autres, un mari souffrant de ce trouble de la personnalité sera convaincu que sa femme l’a trompé si elle rentre une demi-heure en retard à la maison», raconte Claude Bélanger.

Comme elle se sent facilement menacée, la personnalité paranoïaque est prompt à la contre-attaque et à la colère. Ses proches en ont l’habitude et se sont parfois habitués à faire profil bas. «S’habituer à marcher sur des œufs pour ne pas déclencher les crises de son partenaire est une solution à court terme qui peut provoquer beaucoup de détresse à long terme», estime Claude Bélanger. Ainsi, on comprendra que les personnalités paranoïdes ont très peu de relations durables. En fait, il n’y a bien souvent que leurs enfants qui doivent, selon les circonstances, les supporter jusqu’au moment où ils quittent le foyer.

 

Comment réagir lorsqu’on a affaire à un personne souffrant de ce désordre ?
«Surtout, ne pas argumenter», insistent les spécialistes interviewés. Le psychologue Claude Bélanger conseille de dire au fur et à mesure ce qui ne va pas et d’éviter toute confrontation puisqu’elle ne fera que renforcer la vision du paranoïaque. L’important est de développer une relation de confiance.

À noter : la famille et les proches doivent respecter leurs limites s’ils veulent réellement aider la souffrante. «Si tu ne me crois, c’est ton affaire», est une bonne réplique à dire aux personnalités paranoïdes lorsque votre niveau de tolérance est atteint, selon les conseils de Yolanda Sabetta. «Face à quiconque, parler de ce qu’on ressent est toujours la meilleure option», souligne-t-elle. Par exemple, ‘je me sens irritée lorsque…’, ‘je n’en peux plus de…’, etc. Ainsi, il sera peut-être possible de leur démontrer que leurs comportements ont de désagréables répercussions sur vous…

 

Comment soigner ces symptômes paranoïdes ?
Selon tous les intervenants, le trouble de personnalité paranoïde est très difficile à soigner puisque le patient est convaincu d’être bien portant. Donc, première étape : l’individu doit reconnaître qu’il a un problème. Sans cela, les proches peuvent bien alerter la terre entière, il sera très difficile de l’aider. «La plupart du temps, la seule façon de les rencontrer en thérapie, c’est lorsque qu’ils consultent pour des problèmes affectifs ou de  stress», révèle le psychologue Kieron O’Connor.

D’autre part, il faut savoir que les médicaments ne sont pas très efficaces dans ce genre de désordre, c’est plutôt la psychothérapie cognitive ou comportementale qui est fortement recommandée. Dans ce type de traitement, le thérapeute tente de changer le contenu du discours du paranoïaque (par exemple, un verre d’eau à moitié vide deviendrait un verre d’eau à moitié plein). «Des thérapies familiales peuvent aussi être utiles pour trouver de nouveaux moyens de communication, précise Claude Bélanger. Ces thérapies aideront le paranoïaque à constater que ses proches ne sont pas contre lui…»

 

Ont collaboré à cet article : Claude Bélanger, psychologue clinicien et professeur de psychologie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Yolanda Sabetta, directrice générale intérimaire de l’Association québécoise des parents et amis du malade mental (AQPAMM) et Kieron O’Connor, chercheur et docteur en psychologie à l’Institut Fernand-Léger de l’hôpital Louis-Hipppolyte Lafontaine.

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